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L’on croirait une table de dissection tant tout y est logiquement ordonné.

Crayons, colle, cartons et ciseaux. Il règne sur le bureau d’Emelyne Duval un ordre que je lui envie, malgré la multitude de fragments, parfois plus petits qu’un ongle, prélevés aux encyclopédies et aux dictionnaires anciens dont plus personne ne semble aujourd’hui avoir l’usage. Mais plus que ce dispositif, me retient d’abord

le nombre de boîtiers et de boîtes posés sur la table enfermant, tels les casiers

de l’entomologiste, livres et vignettes découpées, rangés selon des critères dérogeant à l’ordre alphabétique ou aux lois naturelles.

Redistribuant et reclassant l’imagerie des encyclopédies, elle la recompose en d’improbables créatures que le dessin vient parfois prolonger en des « collages dessinés » qui n’ôtent rien au trouble qu’ils provoquent. De chirurgie, il semble bien être question, tant ces figures semblent procéder de greffes, hybridations de papier confrontées à elles-mêmes autant qu’au décor. Petits êtres livrés à leur seule gymnastique, à leurs secrètes préoccupations, ils parcourent et labourent des champs de carton, des falaises fleuries arrachées aux dos d’ouvrages, aux couvertures de roman fanés. Ils ont longtemps échappé aux encadrements,

et je les ai connus épinglés tels des insectes, s’emparant des murs les défiant

de leur taille. L’on rêverait d’une Grotte de Lascaux dédiée au collage et je gage qu’Emelyne Duval pourrait, impénitente, en couvrir les parois tant son bestiaire

ne semble près de s’épuiser. Rarement monumental, le collage préfère pourtant aux cris, les chuchotements et le bruissement des pages que l’on feuillette autant qu’on effeuille. Dans les livres pour enfants pas très sages d’Emelyne Duval, de jeunes filles en robes légères découvrent parfois de mâles tubéreuses et s’en emparent quand elles ne poussent pas dans leurs chevelures comme un secret que l’on ne peut longtemps garder. Douce et belle sorcière aux mains soignées, Emelyne Duval,

ce nom qui sonne comme celui d’une héroïne de Dumas, devrait de même, sonner bientôt dans l’histoire du collage.

 

Xavier Canonne